[TÉMOIGNAGE] FredT : “le VIH n’est plus une prison peut être bientôt un souvenir.”

Il y a 20 ans, 20 ans déjà. Quasiment la moitié de ma vie, que l’on m’apprenait le 24 Décembre 1999 qu’il me restait dix ans à vivre car je venais d’apprendre ma séropositivité.

Je me souviendrai toujours de ce matin, lorsque la dermatologue a appelé suite à ma prise de sang pour me dire à 7h00 du matin d’une voix étrange, je dois vous parler et vous donner des antibiotiques. Lorsque je suis arrivé au cabinet après avoir roulé comme un fou en panique totale, la secrétaire a baissé les yeux. Je lui ai demandé, dite moi juste que ce n’est pas ça…elle a gardé le silence. Soudain la porte c’est ouverte, ET là on me donne le verdict… à l’époque c’était une condamnation à mort. Vous avez 23 ans et il vous reste dix bonne années devant vous.

Là c’est Hiroshima dans la vie, le second après le rejet de mes parents. Cette insouciance que nous avons jeunes de penser que nous sommes éternels, invincibles… disparue à jamais.
La panique m’a emparé et je vous passerai les details des analyses, discussions, drames et larmes en famille… qui finalement n’étaient que la peine des autres mais certainement pas la compassion. Ma mère 20 ans après me dit toujours “c’est bien fait pour ta gueule si tu m’avais écouté tu serais négatifs mais vous les pd vous êtes des bêtes donc vous ne tenaient pas vos instincts d’animaux..”. Ravissant.

Alors comment ai-je pu grandir de tout cela???
J’ai eu la chance inouïe de rencontrer LA personne qui m’a accompagné, il venait de AIDES recommandé par le médecin, et à ma grande surprise nous avons très peu parlé du VIH mais il est simplement devenu le père que j’aurais rêvé d’avoir… Cela fait 20 ans qu’il m’accompagne dans ma vie, pour chacune des étapes et dieu sait si tout n’a pas été simple.

IL m’avait immédiatement mis en garde contre le risque de depression dans les 12-18 mois suivant l’annonce, contre coup du choc émotionnel. Durant cette période le médecin, m’avait également dit que 90 pour-cent du travail serait psychologique. Que faire à 23 ans seul , sans plus aucun repère… je me souviens, m’assoir dans le parcs, les jardins, les terrasses et penser des heures voir des journées entières…Que veux tu faire de ces dix années qu’il te reste. J’ai commencé alors à analyser quels étaient mes souhaits, mes envies, mes rêves, renoncer à d’autres… un peu comme une personne qui a 80 ans et fait le bilan de sa vie…

Ce travail très difficile car sans cesse pris entre l’envie de vivre et la peur de mourir, voyant ce compte à rebours devant mes yeux, fut très douloureux, mais finalement la base de ce qui allait devenir ma vie. En effet combien de choix faisons nous sans réfléchir sans penser aux lendemains car on se dit que l’on a le temps d’apprendre , de recommencer… et bien là NON.
Pas de temps, plus d’innocence et la maladie qui allait gagner du terrain lentement jusqu’à tuer, car en parallèle mes amis mourraient du SIDA encore à cette époque autour de moi.

J’ai eu la chance de rencontrer une personne également, qui même si imparfaite m’a suffisamment fait chier pour finalement détourner mon attention envers le VIH. C’était bizarre de rester avec ce mec qui ne me rendait pas heureux alors je me suis demandé pourquoi… c’était simplement parce que je pensais que je devais me contenter d’un gars pas super car personne de bien ne voudrait de moi.

Et puis ce silence au bureau, ou pendant des années certaines personnes avaient des doutes, car m’ayant vu détruit après l’annonce j’ai du inventer un pseudo ‘debut de cancer’… pour faire taire la rumeur… double peine. Meme un arrêt maladie de deux jours me rendait parano. Bref la seule chose qui me restait était le dialogue avec moi même et surtout celui qui était devenu mon père, mon guide rencontré plus tot par le biais de AIDES. Lui qui m’a sauvé la vie et donné tant d’amour, d’amitié , passé des journées à me recevoir chez lui, prendre le telephone en pleine nuit, m’appeler sans cesse pour s’assurer que tout allait bien, ou un peu mieux, surtout quand je suis passé par la phase SIDA avant de prendre la tri-thérapie

En fait le VIH/sida reste la dernière maladie, que l’on montre du doigt, cette peste, l’ignorance des gens, et le manque d’informations dans les rue les écoles à la télévision, pour expliquer que nous sommes des être normaux, même plus infectieux à ce jour.

Alors j’en suis sorti grandit, avec du temps, cette base de priorités établie lors de la première année toujours en tête, ne pas oublier ce que l ‘on veut vraiment faire de sa vie, car il n’y aura pas une deuxième chance une deuxième vie. Il fut long le chemin, mais mon coeur n’a jamais cessé de vouloir y croire, de battre quand il le pouvait. J’ai tout donné en amour pour tenir construire, reconstruire, repartir de zero parfois, et c’est ça qui compte. Ne plus écouter les peurs, surtout celle de la mort, car elles vous empêchent de vivre, de savoir vraiment qui vous êtes ce que vous voulez. Réaliser les rêves dès que l’opportunité se présente. et surtout apprendre à accepter et vivre avec les douleurs, les cicatrices de la vie, car elles restent là, elles sont part du livre de notre vie.

Certes la déprime m’a touché, le doute, la maladie, et pourtant aujourd’hui 20 ans après je suis encore là, j’ai voulu y croire et j’ai fait ma carrière professionnelle, dans le secret de mon infection, mais voilà, je n’ai finalement pas grandi, car je suis toujours ce gros coeur battant qui aime et veut continuer à croire que l’on peut partager l’amour, le sexe, et réaliser ensemble ses rêves. N’oubliez jamais que tant que vous êtes en vie et debout, il faut choisir le chemin qui vous mènera au bonheur, et ne pas céder aux douleurs de la vie de l’âme, qui même si difficiles finissent toujours par devenir un souvenir.

Le doute ne part jamais il fait partie de la vie, mais surtout surtout vivez libres et le VIH n’est plus une prison peut être bientôt un souvenir lui aussi.

 
 
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1 Comment

  1. Témoignage grandiose. Pour être de ceux qui vivent avec depuis 27 ans, tu as raison d’espérer voir la victoire. Avec mes 74 ans, j’entrevois cette même victoire. Merci pour ce témoignage qui coopérera à changer le monde dans la perception des gens qui vivent avec le VIH.

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